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40 coups de fouet pour un pantalon !

Au Soudan, les femmes qui portent une "tenue indécente" sont passibles de 10 coups de fouet, 40 en cas de refus.  Loubna Ahmed al-Hussein, une Soudanaise, a été arrétée parce qu'elle portait... un pantalon. Elle a décidé de mener un combat pour faire cesser cette barbarie, et de faire de son procès une tribune pour les droits des femmes. Les informations disponibles sur Internet étant très fragmentaires, voici un résumé de toute l'affaire dans une seule page.

Loubna Ahmed al-Hussein (Soudanaise)Le 3 juillet 2009, à l'occasion d'une réception dans un restaurant de Khartoum, Loubna et douze autres jeunes femmes, qui dinaient dans ce restaurant, sont conduites au commissariat local pour la simple faute d'avoir porté un jean.

Or pour la justice soudanaise, même s'il est recouvert d'une robe, d'une jupe ou autre, le pantalon n'est pas une tenue féminine conforme aux «bonnes mœurs».

Dans le commissariat, les policiers organisent une sorte de "défilé de mode" de ces femmes, pour juger si leur tenue est "décente" ou pas.  Les femmes en pantalon ont le "choix" entre recevoir 10 coups de fouet ou payer 250 livres soudanaises», soit environ 70 euros, une somme énorme pour elles.

Sur les treize femmes arrêtées, dix d'entre-elles reçoivent une dizaine de coups de fouet avant d'être libérées. Loubna et les deux autres jeunes femmes, choissent l'amende mais refusent de la payer, afin de passer devant un juge. Elles sont alors poursuivies pour atteinte à la pudeur publique, risquant une «punition» de 40 coups de fouet.  Comme elle est journaliste et écrit pour le journal de gauche Al-Sahafa, Loubna est particulièrement "ciblée" par les autorité Soudanaises.

Loubna Hussein aurait pourtant pu échapper facilement à sa condamnation. Elle est en effet employée des Nations-Unies pour la mission locale (Unmis, Mission des Nations-Unies au Soudan), ce qui lui offre une immunité dans ce genre d'affaire. Néanmoins, elle a décidé d'affronter la justice et transformé son procès en affaire médiatico-politique. Une tribune, dépassant largement les frontières soudanaises, qui lui permet de dénoncer la condition de la femme dans son pays: «Des milliers de femmes sont châtiées à coups de fouet mais elles restent silencieuses. La loi est utilisée pour harceler les femmes et je veux dénoncer cela».

loubna ahmed al hussein en pantalonLe 21 juillet, Elle apprend qu'elle passera le lendemain devant le juge. Elle invite les journalistes à être présents lors de sa comparution devant la cour et sa flagellation.

 La cour lui a donné le choix : soit accepter l'immunité octroyée par les Nations unies, soit lever l'immunité et poursuivre le procès.  La jeune femme, qui s'est présentée devant le juge dans la tenue exacte qu'elle avait au moment de son arrestation, en pantalon mais portant la «tarha», ce foulard traditionnel soudanais qui recouvre la tête et les épaules, a déclaré devant la cour qu'elle avait l'intention de quitter l'ONU. "Je souhaite démissionner de l'ONU. Je souhaite que ce procès continue", a-t-elle affirmé devant une centaine de personnes venues assister à l'audience.

Devant l'ampleur médiatique du message de Loubna Hussein, la justice soudanaise a préféré gagner du temps. L'audience  a alors été ajournée. Un contre-temps qui n'empêchera pas Loubna de devenir un emblème du combat pour l'égalité des droits entre les femmes et les hommes.

Le 7 septembre, elle est condamnée à payer 500 livres soudanaises (140 euros) d'amende.
En dépit des conseils de ses proches, la jeune femme a refusé de s'acquitter de la somme, confiant à l'AFP «préférer aller en prison». Elle aurait été conduite au centre pénitentiaire pour femmes d'Omdurman.

femme fouettee au SoudanL'article 152 du code pénal soudanais de 1991, entré en vigueur deux ans après le coup d'Etat de l'actuel président Omar el-Béchir, prévoit une peine maximale de 40 coups de fouet pour quiconque «commet un acte indécent, un acte qui viole la moralité publique ou porte des vêtements indécents». Cet article viole pourtant la Constitution soudanaise et l'esprit de la loi islamique (charia) en vigueur dans le Nord du Soudan, majoritairement musulman.

Le droit pénal musulman repose largement sur la charia (loi islamique). Or la peine à infliger pour le port du pantalon par les dames n'est pas définie dans le Coran ou la Sunna... Selon un hadith (recueil des actes et parole de Mahomet) rapporté par Abû Burda Al-Ansârî, le prophète aurait défini un maximum de 10 coups de fouets, mais pas  exactement pour cette raison.  « Si certains se réclament de la charia pour flageller les femmes en raison de ce qu'elles portent, qu'ils me montrent les sourates du Coran ou les hadith qui le stipulent. Je ne les ai pas trouvés», a-t-elle dit à l'AFP

Le procès de la «journaliste au pantalon» était au coeur des discussions dans les familles à Khartoum et a semblé embarrasser le gouvernement par son retentissement international. Le président français Nicolas Sarkozy, dont le pays entretient des relations pour le moins tendues avec Khartoum, avait dit vouloir aider la jeune femme dans son combat et plaidé en faveur d'un arrêt des procédures contre elle. Loi «discriminatoire» .

Amnesty International a de son côté exhorté les autorités soudanaises à abroger la loi et à retirer les accusations. «La manière dont cette loi a été utilisée contre les femmes est inacceptable et la sentence prévue -jusqu'à 40 coups de fouet- est répugnante», a déclaré vendredi l'organisation dans un communiqué. «Cette loi est rédigée de telle sorte qu'il est impossible de savoir ce qui est décent ou indécent», ce qui laisse place à l'arbitraire des policiers, ajoute l'organisation qui juge également cette loi «discriminatoire».

Loubna Hussein a ouvert un site internet bilingue anglais/arabe -"iamlubna.com"- pour faire connaître son combat et multiplier les signatures sur sa pétition invitant le gouvernement soudanais à abolir une loi controversée qui ne défrayait pas la chronique jusqu'à récemment.

Pour la seule année 2008, 43000 femmes ont été arrêtées au Soudan sous le même chef d'inculpation. Elles ont subi leur sentence en silence, souvent en secret. Par honte. Loubna, elle, ne s'est pas tue: "ils peuvent me donner 40000 coups de fouet, je ne me tairai pas", dit-elle.

Loubna a fait appel de son jugement, elle a mobilisé les médias internationaux, qui lui ont consacré de nombreux articles et reportages, notamment Le Monde, Libération, The Guardian, The Times, CNN, BBC, , TF1..., et est devenue  icône de la cause des femmes.

Elle a finalement été libérée le 8 septembre,  l'union des journalistes Soudanais ayant payé son amende.  Mais elle n'est pas contente, et a déclaré que, tant que l'article 152 sera appliqué, le combat continuera. Il reste a plus de 700 femmes encore en prison, qui n’ont personne pour payer leur amende

Née dans un milieu pauvre et traditionnel, Loubna s'est forgée à la force du poignet. Indépendante dans un pays conservateurs, elle s'est mariée à l'âge de 35 ans avec un homme de 40 ans son aîné. Par choix, dit-elle. Aujourd'hui, à 35 ans, elle est veuve.
Elle a écrit un livre, "40 coups de fouets pour un pantalon", disponible en Français.


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Commentaires (18) :

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Ronge Moelle
Le 15/11/2011 à 01h30
des coup de fouet...quel pays barbar...
JICE
Le 01/03/2011 à 07h28
Cette femme s'est réfugiée en France, pensant pouvoir pratiquer sa religion en liberté, mais elle à été régulièrement agressée (verbalement) par des musulmans et à quitté notre pays pour le Canada ou elle à trouvé la liberté espérée.

Elle s'étonne qu'un peuple cultivé accèpte un islam intégriste sur son sol.
nikita
Le 09/09/2010 à 15h49
Quelle honte, une telle discrimination et une telle violence sont inacceptables.Il s'agit d'un problème de fond duquel les femmes soudannaise sortiront en continuan de se battre. les principes de l'intégrisme, de l'extrêmisme... engendrent des faits écoeurants.

Cacun a le droit de croire en ce qu'il veut, mais je doute qu'un Dieu implique le mal, la souffrance, la mort....

N'importe quoi, il est tant qu'ils prennent conscience de leur limite d'esprit et élargir leur champs de vision afin que faire en sorte que la paix, l'égalité et le respect d'autrui soit légion.
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